Les projets informatiques dont
les clients parlent avec plaisir

COMMENT ÉVITER L'OBSOLESCENCE PRÉMATURÉE DES APPAREILS ET LOGICIELS ?

Tour d'horizon et définitions sur le sujet
Une informatique évolutive se doit d’être respectueuse de l’environnement ; aujourd'hui, on ne peut plus l'imaginer autrement. Cela signifie, entre autres, la nécessité d’utiliser nos équipements et nos logiciels le plus longtemps possible, avant de devoir inévitablement les remplacer un jour ou l'autre. Bien-sûr, diverses raisons peuvent expliquer le besoin de remplacement d'un équipement ou d'un outil. Son obsolescence, qu’elle soit programmée ou non, est certainement celle qui soulève le plus de discussions, jusque sur la scène politique européenne.
 
 

Qu’est-ce que l’obsolescence logicielle prématurée ?

 
De manière générale, l'obsolescence prématurée se définit par la dépréciation d’un bien, préalablement à son usure matérielle. Cela signifie que la valeur marchande de cet équipement diminue, alors qu’il ne présente aucun signe d’usure.
 
L’obsolescence logicielle signifie qu’un logiciel ne peut plus fonctionner correctement sur un équipement, dès lors que celui-ci ne peut plus se mettre à jour sur la dernière version de son système d’exploitation. Il ne faut pas confondre cette notion avec celle d’obsolescence technique, qui désigne la perte de valeur d’usage d’un appareil du fait de l’évolution technologique qui s’est produite depuis sa sortie sur le marché, le rendant « dépassé ».
 
Pour le SIRRMIET (le syndicat interprofessionnel du reconditionnement et de la régénération des matériels informatiques, électroniques et télécoms), un smartphone dont le système d’exploitation ne bénéficie plus de mises à jour, n’a plus de valeur commerciale. Or, ces appareils bénéficieraient d’une durée d’utilisation prolongée s’ils continuaient à recevoir les mises à jour car, selon le SIRRMIET, la demande existe pour de tels appareils. Ils sont moins chers et peuvent alimenter le marché des appareils reconditionnés.

Obsolescence et environnement

 
Les problèmes d’obsolescence logicielle représentent 20% des motifs de renouvellement d’un appareil informatique, selon l’Eurobaromètre de la Commission européenne. Si les appareils numériques n’étaient pas rendus obsolètes à cause de leurs systèmes d’exploitation, nous pourrions économiser de grandes quantités de ressources nécessaires à leur fabrication. Par exemple, dans le cas des smartphones actuellement, les mises à jour de leurs systèmes d’exploitation ne sont plus assurées au-delà de 3 ans après la fin de leur commercialisation, en moyenne, selon les constructeurs. Les consommateurs changent donc de smartphone de manière anticipée, par rapport à ce que la qualité de conception de leur appareil pourrait permettre.
 
 

Qui pollue le plus, l’usage des appareils ou leur production ?

 
Il est certain que l’utilisation d’appareils numériques génère de la pollution, notamment en sollicitant les data centers avec nos échanges de données. Mais l’intérêt d’allonger la durée de vie de nos appareils, c’est de ne plus avoir besoin d’en produire autant à l’avenir, car c’est bien leur production qui pollue le plus. Selon un rapport du Conseil Général de l’Économie, publié en décembre 2019, les émissions issues de l’usage des smartphones ne représentent que 12% du total de leurs émissions, tandis que les 88% restant sont associés à l’emprunte production.
En juin 2020, un rapport sénatorial vient compléter cette information, en montrant que pour les terminaux numériques pris dans leur ensemble, leur production représente 6 fois plus d’émissions que leur utilisation.

La législation contre l’obsolescence prématurée des équipements

 
Pour lutter contre l’obsolescence prématurée des équipements, la Commission européenne a publié, en mars 2020, un nouveau plan d’action sur l’économie circulaire, incluant une initiative en matière de politique de produits durables. Cette initiative doit entrer en vigueur pour fin 2021, et son objectif est d’améliorer l’efficacité de la directive écoconception, en augmentant la durée de vie des produits. Pour y parvenir, il faut augmenter leur capacité à être réutilisé, mis à jour et réparé, ainsi que restreindre l’obsolescence logicielle.
 
 

Les mesures envisageables à propos des mises à jour logicielles

 
La Commission européenne envisage différentes mesures pour lutter contre l’obsolescence, en agissant sur les mises à jour et la mise à disposition des logiciels. Tout d’abord, il faut distinguer les 3 types de mises à jour pratiquées par les acteurs de l’industrie numérique :
 
- Les mises à jour de sécurité, qui ne corrigent que des failles de sécurité
- Les mises à jour correctives, qui corrigent le fonctionnement des logiciels
- Les mises à jour évolutives, qui enrichissent les fonctionnalités des logiciels
 
En 2019, l’Union Européenne avait introduit la notion de « mise à jour nécessaire au maintien de la conformité ». Pour être considéré comme conforme, un appareil doit « présenter les qualités et d’autres caractéristiques, y compris en termes de durabilité, de fonctionnalité (capacité de l’appareil à remplir les fonctions auxquelles il est destiné), de compatibilité et de sécurité, normales pour des biens de même type et auxquelles le consommateur peut raisonnablement s’attendre. » 
 
À ce jour, il faut donc définir quelles mises à jour ne seraient pas considérées comme « nécessaires au maintien de la conformité » tel que décrit ci-dessus. Ce que la Commission européenne envisage, c’est qu’une mise à jour considérée comme nécessaire puisse également comporter une partie « évolutive », du moment que cette évolution ne dépasse pas la capacité de l’appareil à remplir ses fonctions (c’est-à-dire, qu’il n’y ait pas d’obsolescence technique de celui-ci).
 
En ce qui concerne la durée minimum pendant laquelle ces mises à jour sont obligatoirement fournies aux appareils numériques, elle est actuellement de 2 ans après la fin de leur commercialisation. La Commission européenne envisage de porter cette durée à 5 ans.

L’indice européen de réparabilité et durabilité des logiciels

 
Depuis le 1er janvier 2021, l’indice européen de réparabilité existe pour les appareils numériques et électroniques. Il prend en compte les caractéristiques de disponibilité de la documentation et des pièces détachées des appareils, leur démontabilité, etc. Il s’agit d’une mesure visant à mieux informer les consommateurs et utilisateurs sur la façon dont ils peuvent maintenir leurs appareils pour éviter de les remplacer. À partir de 2024, un indice européen de durabilité s’ajoutera à l’indice existant. Il aura la spécificité de prendre en compte les logiciels, en plus des appareils.
 
Concernant les logiciels, les critères de durabilité qui pourraient être pris en compte sont :
 
- La possibilité de désinstaller les mises à jour des systèmes d’exploitation et des logiciels (au cas où certaines mises à jour, bien que compatibles avec un appareil, seraient trop gourmandes pour lui et le ralentiraient.
 
- La possibilité d’installer les mises à jour du système d’exploitation pendant une durée de 4 à 7 ans pour les ordinateurs portables, et jusqu’à 10 ans pour les autres équipements.
 
- Obliger les éditeurs à publier leur politique générale de maintenance des logiciels. L’utilisateur pourrait prendre connaissance de la durée de fourniture des mises à jour et leurs fréquences de publication.
 
- En amont de son installation, chaque mise à jour devrait préciser son contenu, son impact sur les ressources de l’appareil, ses conséquences en cas de non-installation et la possibilité de la désinstaller ultérieurement.

Une démarche d’écoconception des contenus et services numériques

 
Les appareils numériques sont de plus en plus efficients en termes de consommation énergétique. Les constructeurs ont progressé dans cette voie et répondent aux normes environnementales. Mais à ce jour, il n’existe pas de règlementation similaire pour la conception des logiciels. Ces derniers doivent seulement répondre à des exigences fonctionnelles et de sécurité. L’intérêt d’adopter des règles d’écoconception propres aux logiciels a été soulevé par l’association GreenIT, qui a fait plusieurs propositions en ce sens :
 
- Limiter la capacité de traitement mobilisée sur les serveurs, et notamment la sollicitation des bases de données.
 
- Limiter les flux d’information, c’est-à-dire la fréquence et le poids des échanges entre logiciel et serveur.
 
- Restreindre la capacité de traitement que le logiciel mobilise sur l’appareil de l’utilisateur, notamment via le principe de la sobriété d’affichage.
 
 
Ainsi, à son échelle, l’utilisateur peut tout à fait prendre soin de ses appareils numériques pour préserver leur durée d’utilisation. Ce n’est pas aussi simple concernant les logiciels, dont la maintenance n’est pas à la portée de tous les consommateurs. Les ESN comme les éditeurs ont la possibilité de rendre leurs logiciels plus écoresponsables vis-à-vis des appareils sur lesquels ils fonctionnent, afin que ces derniers puissent être utilisés plus longtemps.